Titre original :
Snow White
Production :
Walt Disney Pictures
Date de sortie USA :
Le 21 mars 2025
Genre :
Comédie musicale
IMAX
Réalisation :
Marc Webb
Musique :
Jeff Morrow
Larry Morey
Frank Churchill
Benj Pasek
Justin Paul
Durée :
109 minutes

Le synopsis

Pourchassée par sa belle-mère jalouse et méchante, Blanche Neige se cache un temps dans la forêt dans une jolie chaumière habitée par des mineurs aux pouvoirs magiques avant de finalement décider d'affronter la Méchante Reine grâce à l'aide d'un groupe de rebelles...

La critique

rédigée par

Blanche Neige est le film maudit. La production de ce long-métrage Disney a en effet subi un nombre incroyable de vents contraires, si bien que le studio n'avait qu'une hâte : qu'il sorte enfin, pour pouvoir passer à autre chose. Entre polémiques, imprévus durant le tournage, cabale politique de tous bords, mauvaise communication de Disney... Il a été incroyablement difficile pour l'équipe du film de travailler sereinement dessus puisque chaque geste ou chaque phrase était scruté, déformé ou (mal) interprété. Il aurait fallu un miracle, surtout au vu de son budget qui a explosé en cours de développement, pour que ce nouveau remake soit un succès... Ce qui ne sera pas arrivé !

Mais, avec tout cela, qu'en est-il réellement de la qualité du film en lui-même ? En faisant abstraction de tout le brouhaha qui l'entoure, Blanche Neige s'avère être un divertissement sympathique ; certes, pas le meilleur des remakes en live-action, mais pas le pire non plus. Il sera ainsi salué son envie de s'éloigner du classique d'origine, notamment via de nouvelles chansons absolument superbes, tout en étant porté par deux grandes actrices rayonnantes et en offrant quelques surprises inattendues comme le personnage de Simplet, touchant à souhait, ou encore un univers coloré enchanteur. Il souffre, en revanche, de quelques raccourcis niveau scénario pourtant évitables et de membres du casting beaucoup moins convaincants.

En adaptant à nouveau Blanche Neige et les Sept Nains, les studios Disney reviennent une fois de plus piocher dans l'une des œuvres des frères Grimm. Les frères Jacob et Wilhelm Grimm sont nés à Hanau, en Allemagne, respectivement le 4 janvier 1785 et le 24 février 1786. Si le premier écrit plutôt des essais scientifiques, le second lui se tourne vers la critique littéraire. Parallèlement, ils s'intéressent tous deux aux contes populaires de leur pays. Il entreprennent ainsi de les réunir et font, à ce titre, un travail impressionnant de recherche. Ils les publient, enfin, entre 1812 et 1829, sous le titre de Kinder-und Hausmärchen, (Contes pour les Enfants et les Parents). Deux volumes seront nécessaires. Une nouvelle édition paraît en 1857. Complétée d'histoires inédites, elle prend le titre, universellement connu depuis, des Contes de Grimm et contient la fameuse aventure de Blanche Neige.

Le classique de 1937, Blanche Neige et les Sept Nains, reste encore à ce jour un chef-d'œuvre intemporel et une pierre angulaire de l'histoire du cinéma. La genèse du film remonte ainsi à 1934. Walt Disney veut que son studio se consacre à une activité plus prestigieuse et plus rentable que les courts-métrages. Tout naturellement, l'idée d'un long-métrage traverse l'esprit du Créateur de Mickey Mouse au point d'en devenir bientôt une obsession. Pour son premier film, il jette son dévolu sur le conte des frères Grimm dont il avait vu, dans sa jeunesse, à l'âge de 15 ans, une adaptation cinématographique en noir et blanc et muette, Blanche Neige (1916) réalisé par J. Searle Dawley. Ainsi, un fameux soir de 1934, il réunit toute son équipe et lui annonce le défi qu'il souhaite voir relever. Il raconte le film avec moult détails et précise méticuleusement la manière dont il le conçoit. Il en fredonne même certaines des chansons.

La production de Blanche Neige et les Sept Nains va alors être un chantier titanesque et transformer pour toujours les studios Disney. L'effectif quadruple, passant de 200 à 800 personnes. Les artistes et techniciens se doivent aussi de développer de façon exceptionnelle la qualité de l'animation tout comme des effets spéciaux. Le budget, déjà colossal pour l'époque, explose en avoisinant, au final, 1,5 million de dollars, mettant en danger de banqueroute le studio en cas d'échec. Le film demande au final trois ans de travail. Alors que le tout Hollywood parle du chantier et raille « la folie de Disney », le Maître de l'Animation tient bon, persuadé de sa capacité à élever, à l'occasion de la sortie de son premier long-métrage, le cinéma d'animation au rang d'art à part entière. Finalement, il gagne son pari ! L'avant-première le 21 décembre 1937 au Carthay Circle Theatre voit le film recevoir une véritable ovation des chanceux invités. Le public et les critiques ne sont pas pas en reste car à la réussite économique du projet, s'ajoute en effet le succès critique. Blanche Neige et les Sept Nains est ainsi nommé pour l'Oscar de la Meilleure Musique et Walt Disney reçoit en récompense de son audace un Oscar spécial, accompagné de sept petits, des mains de Shirley Temple.

Blanche Neige et les Sept Nains reste encore aujourd'hui un des joyeux des studios Disney ayant forgé son aura dans le temps aux yeux du public. Si le film a eu la chance de ne pas avoir de suite produite par les DisneyToon Studios, la Princesse est apparue dans de nombreux caméos de plusieurs productions animées, souvent télévisées comme Disney's Tous en Boîte, Princesse Sofia ou Mickey Mouse. Toujours côté animation, les sept nains seront eux utilisés dans plusieurs productions, notamment des courts-métrages de propagande durant la Seconde Guerre mondiale, comme 7 Wise Dwarfs ou Un Fléau AiléBlanche Neige et les Sept Nains est également la première œuvre Disney adaptée sur scène à partir de 1969 à St. Louis, reprise ensuite au Radio City Music Hall à New York en 1979 avant d'avoir droit à une diffusion à la télévision l'année suivante. Un téléfilm réadaptant le conte, Blanche Neige, non produit par Disney, est ensuite diffusé dans l'émission The Wonderful World of Disney le 28 octobre 2001. Blanche Neige est aussi l'une des protagonistes principales de la série Once Upon a Time - Il Était une Fois. Enfin, Blanche Neige et les Sept Nains accède également à plusieurs attractions dans les Parcs Disney comme Snow White's Enchanted Wish au Disneyland Park en Californie, Snow White's Scary Adventures jusqu'en 2012 ou Seven Dwarfs Mine Train au Magic Kingdom à Walt Disney World en Floride, Snow White's Adventures à Tokyo Disneyland ou Blanche Neige et les Sept Nains au Parc Disneyland de Disneyland Paris.

Blanche Neige rentre pleinement dans la tradition instaurée depuis une quinzaine d'années par la branche chargée des films à prises de vues réelles des studios de Mickey : ré-imaginer ses anciens classiques de l'animation. Il faut de la sorte remonter à 2010 pour voir Disney relancer le genre en grande pompe avec l'adaptation d'Alice au Pays des Merveilles par Tim Burton. La formule est toute trouvée : une nouvelle adaptation d'un classique de la littérature enfantine, déjà traité par le passé par les studios, avec la vision, si possible, d'un réalisateur de renom. Ainsi, viennent ensuite une préquelle au (Le) Magicien d'Oz avec Le Monde Fantastique d'Oz en 2013 réalisé par Sam Raimi, puis en 2014 La Belle au Bois Dormant avec Maléfique par Robert Stromberg ; en 2015, Cendrillon par Kenneth Branagh ; en 2016, Le Livre de la Jungle par Jon Favreau et Peter et Elliott le Dragon par David Lowery ; en 2017, La Belle et la Bête par Bill Condon ; en 2018, Jean-Christophe & Winnie par Marc Forster ; en 2019 pas moins de deux films avec Dumbo de Tim Burton et Aladdin par Guy Ritchie sans compter le remake CGI du (Le) Roi Lion par Jon Favreau ainsi que La Belle et Clochard proposé directement sur la nouvelle plateforme Disney+ ; en 2020 Mulan de Niki Caro proposé directement sur Disney+ après que la sortie au cinéma a été empêchée suite à la crise sanitaire du Covid-19 ; en 2021 Cruella de Craig Gillespie centré sur la fameuse méchante des (Les) 101 Dalmatiens ; en 2022 Pinocchio de Robert Zemeckis sorti directement sur Disney+ ; et enfin en 2023 Peter Pan & Wendy de David Lowery également mis en ligne sur Disney+ tandis que La Petite Sirène de Rob Marshall a lui les honneurs du grand écran. Il faut également ajouter les suites de ces adaptations comme Alice de l'Autre Côté du Miroir en 2016, Maléfique : Le Pouvoir du Mal en 2019 et Mufasa : Le Roi Lion en 2024.

Parmi tous ces remakes, se remarquent toutefois deux catégories. La première propose des films qui suivent au plus près le matériel de base, que cela soit le conte ou le film d'animation. Ainsi Cendrillon, Le Livre de la Jungle, La Belle et la Bête ou Le Roi Lion s'inscrivent dans cette veine. L'autre est formée de films qui s'éloignent du matériel de référence pour proposer une relecture de l'histoire originale. Ce fut le cas avec Alice au Pays des Merveilles, Maléfique, Peter et Elliott le Dragon ou Dumbo. Nombreux fans et spectateurs s'accordent à dire que la mode des remakes à foison des classiques d'animation est à la fois inutile et sans imagination, ni prise de risque. Pourtant, il suffit de regarder le box-office de ces films ainsi que leur retour sur les réseaux sociaux pour remarquer que la réalité de l'avis du public est à l'inverse de ce qui est proclamé un peu partout : les spectateurs préfèrent globalement plus les films qui se rapprochent de l'original que ceux qui s'en éloignent ! D'ailleurs, lorsque Disney ose changer un élément emblématique pour apporter une vision différente du conte ou du film d'animation, le tribunal internet lui tombe dessus, parfois de façon très violente comme ce fut le cas pour La Petite Sirène. Malheureusement, en s'attaquant à un film si iconique de sa filmographie, le studio de Mickey allait planter les graines de la discorde...

L'idée d'un remake de Blanche Neige et les Sept Nains remonte à 2016, portée par le producteur Marc Platt, grand fan du classique de 1937. Ce dernier a déjà travaillé avec les studios Disney sur de nombreuses comédies musicales comme Into The Woods : Promenons-Nous Dans les Bois, Le Retour de Mary Poppins, Aladdin ou La Petite Sirène. Il en confie alors la réalisation à Marc Webb.
Marc Preston Webb naît le 31 août 1974 à Bloomington, dans l'État de l'Indiana, d'une mère femme au foyer et d'un père professeur de mathématiques. Après avoir obtenu son diplôme au lycée Madison West, il commence à étudier l'anglais au sein de l'université du Colorado. Mais ce n'est qu'après avoir terminé ses études que le jeune homme commence à s'intéresser à la réalisation et particulièrement à celle des clips musicaux dans laquelle il se spécialise en tournant notamment avec Anastacia, Green Day ou encore Maroon 5, Miley Cyrus et Hilary Duff. Mais il faudra attendre 2009 pour voir son premier film arriver sur le grand écran et qui n'est autre que (500) Jours Ensemble ! Fort de son succès, Webb se voit confier la réalisation du reboot de la franchise Spider-Man, dont les droits sont alors détenus par Columbia Pictures, et réalise ainsi The Amazing Spider-Man en 2012 et sa suite The Amazing Spider-Man : Le Destin d'un Héros en 2014. Épuisé par l'expérience et les résultats en demi-teinte des deux opus, Webb choisit de s'éloigner du cinéma et se tourne vers la télévision pour laquelle il réalise de nombreux épisodes de séries dont ceux de Limitless et Crazy Ex-Girlfriend. Le réalisateur reviendra finalement au grand écran en signant pas moins de deux long-métrages en 2017 : Mary et Liaisons à New-York, passés quasiment inaperçus en France.

Blanche Neige est un remake un peu à cheval entre les deux démarches proposées par les précédents live-action Disney. Le nouveau long-métrage est à la fois un hommage appuyé au classique de 1937, reprenant les principaux éléments du conte et du film d'animation, tout en s'en émancipant en offrant bon nombre d'éléments inédits. Ce qui frappe en premier lieu est qu'ici, le nombre de personnages humains explose, là où ils n'étaient que quatre en dehors des nains dans le film de Walt Disney : Blanche Neige, la Reine, le Chasseur et le Prince. Dans le remake, le royaume, les sujets, le passé et les parents de la Princesse deviennent bien plus tangibles et développés tout en étant des éléments centraux du récit. Le destin des habitants, par exemple, est l'un des enjeux du long-métrage puisque d'un côté la Reine cherche à les contrôler pour asseoir son pouvoir tandis que Blanche Neige tente de leur redonner espoir et de les libérer. Toutes ces interactions humaines permettent aussi à la Princesse de voir sa personnalité étoffée sans qu'elle ne soit pourtant altérée. Elle est toujours aussi douce et gentille sans rêver fatalement du grand amour. En revanche, elle montre une vraie empathie pour son entourage, voulant qu'il retrouve son bonheur volé. De plus, en creusant son passé, le film permet d'ancrer les valeurs de la Princesse dans l'héritage et l'amour de ses parents tout en lui donnant force et courage.

L'autre subtil changement est tout ce qui concerne la Reine, son rapport à Blanche Neige et son amour du pouvoir. Blanche Neige montre comment elle devient la belle-mère de la Princesse, prend les rênes du royaume et la façon dont elle traite ses sujets en les intimidant et les manipulant. Il est aussi intéressant de voir le basculement de la sémantique sur le fait d'être la plus belle du royaume. Le Miroir Magique fait clairement la différence entre la beauté physique et la beauté intérieure ; pour lui, la seconde valant plus que la première. Dans le classique de Walt Disney, il n'était question que de jalousie sur le physique, même si la personnalité des deux femmes transparaissait clairement à travers chacun de leurs jolis visages. Le long-métrage de 2025 reprend lui une idée beaucoup utilisée dans les années 1990, comme par exemple dans La Belle et la Bête ou Le Bossu de Notre-Dame. Ces films posaient alors la question aux spectateurs sur l’identité de l'homme et de celui du monstre ; la réponse n'étant jamais alors le plus beau ou le plus conventionnel. Ici, une beauté froide ne peut rivaliser face à une douceur charmante. La plus belle illustration de cette opposition se produit d'ailleurs dans un final fortement éloigné du grand classique animé mais rappelant étrangement un film comme Wish - Asha et la Bonne Étoile lorsque Blanche Neige montre tout son courage et son abnégation sans sacrifier une seconde ses convictions sur la gentillesse et le pacifisme.

Le récit de Blanche Neige est le plus réussi dans sa propension à distiller des petits détails qui expliquent ou insistent sur des éléments symboliques du film. L'origine du nom de la Princesse est certes changé mais cela est fait de façon aussi intelligente que poétique tout en soulignant à merveille la personnalité de la jeune fille. Le fruit de la pomme devient lui le fil rouge de la vie de Blanche Neige, de son enfance heureuse à son altruisme une fois adulte ; des reproches de son futur bien-aimé à l'outil de la vengeance de sa Némésis. De même, le silence de Simplet dit bien plus sur le personnage que le simple fait de ne pas savoir parler. Grâce à cela, le scénario arrive alors à rendre le personnage encore plus attachant qu'il ne l'est déjà et à attendrir par là même le cœur des spectateurs vis-à-vis de lui ; surtout lorsqu'ils comprennent que son rôle résonnait en réalité du début du film à la fin. En revanche, si le récit peut s’avérer subtil sur certains points, il passe un peu à côté d'autres, plutôt mal écrits. Ces erreurs viennent sûrement d'une envie de rendre le remake moins sombre que le classique de 1937. Par exemple, le contenu de l'écrin donné par le Chasseur à la Reine est clairement moins crédible ici que dans le dessin animé car il montre alors une négligence de la Reine qu'elle n'aurait sans doute pas laissé passer si elle avait ouvert le coffre. De même, la malédiction de la pomme reste très floue dans le live-action puisqu'il explique bien trop rapidement ce qui arrive à la Princesse quand elle croque dans le fruit, là où le film d'animation était bien plus limpide et insistant. Dommage, car ces approximations auraient pu être évitées en ajoutant ou modifiant une phrase ou deux.

Étrangement, l'ambiance de Blanche Neige lorgne vers un public plus enfantin que le film d'animation. Le dessin animé alternait en effet les moments joyeux avec des scènes sombres, voire presque horrifiques. Walt Disney ne craignait pas alors de faire peur aux enfants. Les responsables des studios Disney d'aujourd'hui cherchent au contraire à rendre leurs films, du moins ceux du label Disney, plus légers. Le remake est ainsi une comédie musicale fantaisiste dont le début rappelle d'ailleurs beaucoup l'univers du téléfilm La Légende de Cendrillon de par ses décors tournés en studio et ses couleurs joyeuses. Le ton est aussi légèrement plus naïf sans que la tension ne soit jamais intense, ou du moins jamais au niveau du film d'animation. L'imagerie numérique très colorée, que ce soient les animaux, la forêt ou les créatures magiques, accentue encore plus l'aspect fantastique du live-action, surtout en contraste des éléments humains et réels. Globalement, les visuels sont toujours en adéquation avec l'ambition du film, même s'ils peuvent surprendre ou demander un certain temps d'adaptation à cause d'un contraste trop prononcé entre réalité ét fantaisie. Mais une fois habitué, le spectateur plonge alors dans un univers enchanteur où la forêt, bien qu'aux premiers abords effrayante, s'avère en réalité incroyablement accueillante, où les animaux sont adorables à souhait, et enfin, où la demeure des créatures magiques est incroyablement cosy et ses résidents drôles et fantasques.

Côté casting, les studios Disney ont choisi deux talentueuses actrices pour les rôles principaux. Blanche Neige est ainsi interprétée par la charmante Rachel Zegler qui s'est fait connaître pour son rôle de María dans le remake de West Side Story par Steven Spielberg sorti chez 20th Century Studios. La jeune comédienne apporte une fraîcheur, une candeur et une douceur incroyables au personnage sans compter naturellement sa voix magnifique. Elle permet à la première des princesses Disney de s'étoffer tout en gardant son essence. La plus grande réussite du film est de l'avoir rendue forte sans avoir besoin de lui faire porter une armure comme c'était le cas pour Alice dans Alice au Pays des Merveilles (2010) de Tim Burton ou encore pour la Blanche Neige de Blanche-Neige et le Chasseur (2012) de Rupert Sanders. Ici, ses forces sont dans ses convictions profondes, dans son immense courage, dans son incroyable bonté et dans son empathie à toute épreuve. À la différence du personnage animé, Blanche Neige ne cherche pas ici l'amour mais ne s'en écarte pas pour autant quand il vient frapper à sa porte. Elle sait alors le reconnaître et se battre pour lui. Enfin, il est impossible de rester de marbre devant le torrent de boue que s'est pris l'actrice Rachel Zegler avant et après la sortie du film. Tout ça car sa peau n'était pas assez claire pour prétendre être « blanche comme la neige ». Nombre d'internautes reprochaient en réalité, via leurs remarques pour la plupart honteusement racistes, l'origine colombienne et polonaise de la jeune fille comme s'il était interdit à une actrice latino-américaine le droit de jouer un personnage du folklore européen à cause du teint plus mat de sa peau. Surtout que les scénaristes ont su parfaitement et intelligemment faire évoluer la signification du nom de Blanche Neige pour que cette caractéristique n'ait pas la moindre espèce d'importance dans le récit du remake.

La Reine est jouée, pour sa part, par Gal Gadot. Cette dernière est particulièrement connue pour avoir été choisie pour incarner Wonder Woman dans le DC Extended Universe. Chez Disney, elle a participé au film Mort sur le Nil de Kenneth Branagh chez 20th Century Studios mais a aussi prêté sa voix au personnage de Shank dans Ralph 2.0 chez les Walt Disney Animation Studios. L'actrice offre ici une version du personnage de la Reine plutôt éloignée de son pendant animé. Moins effrayante, aussi bien dans sa version jeune Reine que vieille Sorcière, elle n'en reste pas moins tout aussi dangereuse. Elle est ici toujours d'une jalousie maladive et y ajoute une soif de pouvoir et de contrôle, le tout allié à une cupidité sans bornes. Elle a également un côté grandiloquent totalement absent dans le dessin animé, mis en avant notamment durant la chorégraphie de ses chansons. La vraie déception du personnage vient en réalité de sa fin qui, pour le coup, s'éloigne totalement du film d'animation. La façon dont elle disparaît semble un peu décrédibiliser son pouvoir, laissant penser qu'elle le détient plus du Miroir Magique que d'un don ou de capacités personnelles.

Malheureusement, le reste du casting est beaucoup moins convaincant, à commencer par Andrew Burnap qui joue le nouveau personnage Jonathan. Ce dernier est un bandit de grand chemin, sorte de Robin des Bois, qui va finir par tomber amoureux de la Princesse. Il remplace ainsi en partie le rôle du prince tout en ayant une personnalité qui se rapproche de Flynn Rider dans Raiponce. Le souci ici est que l'acteur n'arrive pas à rendre son personnage ni très sympathique, ni très charmant. Il est accompagné par une bande de sept voleurs - Quigg, Farno, Scythe, Finch, Maple, Bingley et Norwich - qui ne servent pas à grand-chose dans le récit et sont dès lors plutôt transparents. Ils sont surtout là pour faire un parallèle avec les créatures que rencontre Blanche Neige. Toujours parmi les déceptions, le chasseur interprété par Ansu Kabia est clairement moins charismatique que son pendant animé, surtout que son stratagème pour duper la Reine s'avère être moins intelligent. Enfin, les parents royaux de Blanche Neige, joués par Hadley Fraser et Lorena Andrea, n'ont pas assez de scènes pour se démarquer. C'est surtout leur souvenir et leurs valeurs qui transpirent à travers leur fille.

Viennent finalement les personnages de Prof, Grincheux, Joyeux, Timide, Atchoum, Dormeur et Simplet qui ont fait couler beaucoup d'encre. Dans Blanche Neige, les nains ne sont plus des nains mais des créatures magiques. Avant même que Peter Dinklage, le fameux acteur de Game of Thrones, attaque le film sur l'utilisation caricaturale des personnes atteintes de nanisme, les studios Disney avaient déjà pris la décision de faire évoluer ces personnages en les transformant en créatures magiques. La polémique a enflé quand quelques mois plus tard une image volée du tournage avait montré Blanche Neige avec les sept voleurs compères de Jonathan ; tous de tailles, de genre et de couleurs de peaux différents. Tout le web avait alors crié au scandale puis, quand est apparue une vraie image avec l'apparence finalisée de Simplet et des autres créatures, ce même web était persuadé du rétropédalage de Disney alors qu'il n'en était rien. La décision avait été prise lors de la pré-production du film, bien avant les polémiques. Ceci dit, réalisées entièrement en numérique, il faut bien avouer que techniquement ces créatures magiques détonnent un peu de la partie réelle. La chanson Heigh-Ho est ainsi nécessaire aux spectateurs pour s'habituer à leur apparence. En y réfléchissant, ce choix artistique se comprend car il permet d'avoir des personnages qui se rapprochent des nains du film d'animation tout en pouvant se permettre bien plus de séquences comiques sans qu'elles soient fatalement ridicules grâce au plausible impossible. La création en numérique n'empêche pas, non plus, à ces personnages de porter une certaine émotion, notamment Simplet qui est la vraie révélation du remake.

La plus grande réussite de Blanche Neige est son aspect musical. Le producteur fait appel au duo de jeunes compositeurs Benj Pasek et Justin Paul, qui se sont fait connaître pour leurs merveilleuses chansons des comédies musicales La La Land et The Greatest Showman. Pour The Walt Disney Company, ils ont aussi écrit les paroles des deux nouvelles chansons du remake d'Aladdin ainsi que composé les chansons de la Saison 3 d'Only Murders in the Building. Ils choisissent ici de s'éloigner de la plupart des ritournelles du dessin animé pour offrir des nouvelles chansons. Seules deux sont reprises du film de 1937, Heigh-Ho et Siffler en Travaillant, sachant que les paroles sont étoffées et changées, en faisant des expériences sonores clairement différentes. La chanson d'ouverture, Notre Monde est Beau, est peut-être une des meilleures chansons d'ouverture Disney depuis bien longtemps tellement elle est optimiste et joyeuse. Les spectateurs n'ont qu'une envie, c'est d'entrer dans la farandole de bonheur du royaume de Blanche Neige. Son thème rythmera d'ailleurs le film puisque la chanson sera reprise trois fois tout au long du récit. Il Suffit d'un Souhait est, quant à elle, une merveilleuse « I Want Song » où Blanche Neige avoue ses profonds désirs, profitant des superbes voix de Rachel Zegler en anglais ou d'Emmylou Homs en français. Elle aussi sera reprise à la fin de l'opus. La Reine possède une belle chanson de méchante, J'ai Tous les Droits, qui fait très Broadway. Elle est reprise intelligemment lors de la transformation en sorcière et de la fabrication de la pomme empoisonnée. Des Problèmes de Princesse est peut-être la plus décevante du livret car le personnage Jonathan montre tout son cynisme vis-à-vis de Blanche Neige et n'y apparaît pas très sympathique. À l'inverse, la chanson d'amour Le Monde en Couleurs est poétique à souhait, surtout qu'elle est magnifiée par de jolis visuels. Il sera également noté la ritournelle The Silly Song, une adaptation fredonnée de la chanson de 1937 La Tyrolienne des Nains. Enfin, la belle musique instrumentale de Jeff Morrow, qui illustre à merveille les différentes scènes et fait parfaitement le pont entre les chansons, se doit d'être saluée.

La production de Blanche Neige n'a donc pas été un long fleuve tranquille. Bien au contraire même. Le tournage a fait face aux restrictions dues à la crise sanitaire du Covid-19, à un incendie du plateau nécessitant une reconstruction en urgence des décors, pour finir par les grèves successives des acteurs et des scénaristes américains repoussant la séance de reshoots, habituelle dans ce genre de blockbuster, reculant d'autant la date de sortie en salles du long-métrage. Tout ceci a fait exploser le budget estimé à 270 millions de dollars hors promotion, le rendant difficilement rentable. Il faudrait pour cela qu'il soit un succès éclatant frôlant le milliard de dollars dans le monde pour faire un bénéfice. Impossible ! Surtout que ses polémiques vont entacher définitivement son aura auprès du public, et ce, avant même sa sortie. Blanche Neige est ainsi devenu l’étendard d'un combat politique, et ce, de tous bords. Trop progressiste pour certains à cause de la couleur de peau de l'actrice principale, pas assez pour d'autres notamment en n'ayant pas choisi des acteurs atteints de nanisme pour jouer Prof, Simplet et les autres créatures magiques... Et comme si cela n'était déjà pas assez, les commentaires politiques des actrices durant la promotion n'ont pas aidé les choses. Elles étaient, en effet, toutes les deux dans des camps opposés concernant le conflit israélo-palestinien, énervant les deux spectres du champ politique sachant que l'une d'entre elles fit en plus des remarques appuyées sur le résultat des élections américaines, ce qui n'aida pas non plus. Résultat, Blanche Neige est sûrement le film Disney ayant reçu le plus gros déferlement de haine en ligne, faisant passer la tempête de La Petite Sirène en 2023 pour une simple brise. Après, le long-métrage n'a pas été aidé non plus par le marketing des studios qui a clairement été mauvais, que ce soit pour soutenir les actrices, pour réfuter les fausses rumeurs ou même pour le promouvoir correctement. Les équipes donnaient juste l'impression d'avoir baissé les bras, n'ayant qu'une hâte : se débarrasser de ce boulet et passer à autre chose !

Blanche Neige sort finalement le 21 mars 2025 aux États-Unis et quelques jours avant dans le monde. Avec tout ce brouhaha, les critiques n'auront aucune indulgence avec lui en finissant de l'assassiner, et ce, des deux côtés de l'Atlantique. Les internautes feront eux un beau review bombing en règle afin qu'ils soient certains qu'il devienne l'un des films les plus mal notés de l'histoire. Les spectateurs le découvrant en salles seront un peu plus positifs ; nombreux seront ceux à s'étonner d'une qualité globale bien meilleure que ce que sa campagne de dénigrement laisse à penser. Ceci dit, le mal était fait. Et nombre de spectateurs ne laisseront pas une chance au film en décidant de ne pas se déplacer. Aux États-Unis, l'opus démarre certes premier le week-end de lancement mais avec un timide 42 millions de dollars, clairement insuffisant vu son budget. En France, il sauve les meubles grâce au Printemps du Cinéma, récoltant 544 377 entrées lors de sa première semaine, globalement comme La Petite Sirène ou Dumbo, même s'il ne devrait pas atteindre au final les totaux de ses aînés. Enfin, dans le reste du monde, ce n'est pas mieux, le film ayant été un échec un peu partout.

Blanche Neige n'est pas parfait mais ne mérite pas la campagne de haine qu'il a reçue. Il reste un film divertissant porté par deux actrices talentueuses, un Simplet particulièrement émouvant sans oublier un univers fantastique éclatant et des chansons merveilleusement entêtantes.

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