Dream on Silly Dreamer
Titre original : Dream on Silly Dreamer Production : WestLund Productions Inc Date de sortie USA : Le 10 février 2005 Genre : Documentaire |
Réalisation : Dan Lund Musique : Mike Brassell Kuno Schmid Durée : 40 minutes |
Disponibilité(s) aux États-Unis : |
Le synopsis
D'anciens artistes de Disney racontent leurs meilleurs et pires moments passés au sein des studios de Mickey... |
La critique
L'animation est indissociable de la signature Disney. Walt Disney et ses
studios sont à l'évidence dans l'inconscient collectif des spectateurs du monde
entier les premiers et véritables représentants du genre. Cette image est
d'ailleurs si forte que tout un chacun pense que la magie est éternelle et que
l'animation ne s'arrêtera jamais chez la firme au château enchantée. Pourtant,
le maintien de cette activité au sein de la Walt Disney Company n'a jamais été
un long fleuve tranquille. Au contraire même, l'animation a régulièrement été
en danger chez les studios Disney. Déjà, dans les années 60, les financiers,
emmenés par Roy Disney, le frère de Walt en personne, organisent une bronca
contre cette activité jugée peu rentable et fantasque. C'est Walt Disney
lui-même qui se doit de monter au créneau pour sauver la division Animation au
sein de sa propre compagnie, arguant que ses films constituent le carburant
essentiel au fonctionnement du moteur Disney. Il démontre, à raison, que l'âme
de la firme Disney se trouve dans ses personnages animés et ses histoires
contées qui constituent, ensemble, la base nourricière de tous les autres profits. Le Maître mène ce combat stratégique jusqu'à sa mort. Une fois parti,
la donne change. Mickey et ses amis, orphelins, n'ont plus une personne de
taille suffisante pour les défendre. La firme s'endort, et comme sa légendaire
Aurore, prend vite des airs de belle endormie. Elle se réveille fort
heureusement, juste avant d'être avalée par un concurrent, sous la direction
d'un nouvel homme fort, Michael Eisner. A partir de la fin des années 80, les
studios d'animation Disney vivent, en effet, avec lui un troisième âge d'or.
Le documentaire Dream on Silly Dreamer revient donc sur cette période,
laissant la part belle aux artistes Disney y ayant contribué. Jusque dans sa
forme ! Il reprend en effet les codes des films du studio aux grandes oreilles,
avec des intermèdes animés ou encore un grand livre de conte dont les pages se
tournent, à la façon des
(Les) Aventures de Winnie
l'Ourson. Seule l'histoire ne se termine pas comme dans un Disney
pur souche ; au contraire des Grands Classiques, les méchants l'emportent, il est
vrai, à la fin.
Dream on Silly Dreamer s'attache donc à décortiquer trois grandes
périodes des studios d'animation Disney de l'ère Eisner : l'âge d'or, la
folie des grandeurs et la descente aux enfers.
La troisième renaissance dans l'histoire des studios Disney commence donc en 1984 à la faveur d'un coup de force orchestré de main de maitre par Roy Disney, le neveu de Walt. Ce dernier entend en effet réveiller le moribond studio de son oncle. Il s'appuie pour cela sur deux hommes, Jeffrey Katzenberg et Michael Eisner. Le premier prend la tête de la division Films tandis que le second s'impose vite à la Direction Générale. Il vient d'ailleurs avec ses troupes, venues pour l'essentiel de la Paramount, et - premier signe inquiétant avec le recul - investit sans état d'âmes les locaux créés à l'origine par Walt Disney lui-même dans le but d'offrir à ses animateurs un espace de travail convivial et créatif. Jusque dans la répartition des bureaux, la part belle est faite aux financiers et administratifs. Très vite, se pose d'ailleurs la question de la production animée : elle est, en effet, vue comme un non-sens économique à rapidement contenir. La priorité de la nouvelle Direction est, il est vrai, de relancer la sortie de films "live", touchant un plus large public que celui ordinairement atteint par Disney. Le label Touchstone voit ainsi et pour cela le jour. L'animation, elle, est envisagée comme un ovni ; les nouveaux dirigeants ne comprenant rien à son aura. Fort heureusement, Roy Disney veille au grain et la défend bec et ongle, aidé en cela par Jeffrey Katzenberg. Ce dernier réorganise, en effet, tout le système de décisions dans la gestion des projets animés pour lui rendre souplesse et efficacité. Pour autant, il ne parviendra jamais à changer le sentiment des financiers sur les animateurs. Ces derniers, d'abord vus comme des enfants gâtés, sont bien vite éloignés, à la manière de véritables pestiférés. Remisés dans des prêts-fabriqués situés à l'arrière d'un parking, une ville plus loin (Glendale) par rapport aux studios historiques de Burbank, ils sont rapidement marginalisés. Contre toute attente, cet éloignement leurs sera salutaire. Libérés des interventions incessantes des responsables financiers, les artistes Disney retrouvent, en effet, le foisonnement qui leur est propre, digne du tout premier âge d'or, à l'époque du cultissime Blanche Neige et les Sept Nains ! Durant la période " Jeffrey Katzenberg", chaque film (Oliver & Compagnie, La Petite Sirène, Bernard et Bianca au Pays des Kangourous, La Belle et la Bête, Aladdin et Le Roi Lion) fait mieux que le précédent, non seulement artistiquement mais aussi financièrement. Le Roi Lion explose même les records et amène les financiers de Disney (et par la même ceux des autres studios) à enfin s'intéresser au genre. Devenu juteuse, l'animation n'est plus vue comme un art mineur, caprice de quelques allumés.
Personne n'imagine alors que le plus grand succès du cinéma d'animation de tous les temps portait en lui la fin des studios d'animation Disney...
Le triomphe du
(Le) Roi Lion enivre les financiers
au point qu'ils dépensent sans compter. Leur première folie est d'offrir aux
artistes Disney de tous nouveaux bâtiments. Fini le studio improvisé dans un
prêt fabriqué de parking. Désormais, des locaux flambants neufs sont mis à
disposition... Sans aucune concertation avec les artistes ! Mal pensés, peu
adéquats, ils prennent des airs de bunkers, tueurs d'imagination. Froids et sans
âme, rien n'est pensé dans l'ambiance qui s'en dégage pour stimuler la
créativité.
Mais, la folie des financiers ne s'arrête pas seulement à des considérations
immobilières. Ils ont trop bien compris que l'Animation pouvait être profitable.
Dès lors, ils ne jurent que par elle et décident d'inonder le marché de
longs-métrages animés. Tout y passe : le seul objectif est de faire de l'argent.
Une deuxième unité de productions à moindre coût et délai réduit est mise en
place afin de sortir des suites directement en vidéo (Le Retour de Jafar)
ou des adaptations cinématographiques de séries télévisées (Dingo
et Max). Sur le très court-terme, l'opération se révèle extrêmement juteuse.
Par contre, sur le long-terme, elle est désastreuse. Le public abreuvé de
productions "cheap" perd, peu à peu, confiance dans la signature Disney ; la
marque étant désormais associée à des produits de mauvaise qualité, bas de gamme
et sans grand intérêt. Pire, les spectateurs sont incapables de faire la
différence entre les produits vidéo et les films cinéma. Les effets de
l'amalgame sont terribles : les films Disney perdent chaque jour un peu plus de
leur superbe et ne créent plus l'évènement. Pour en rajouter à la confusion,
certaines suites vidéo ont également droit à une sortie cinéma. La dépréciation
du label Disney est totale.
Entièrement convaincu de la pertinence de la stratégie de ses financiers,
Michael Eisner, qui se targe d'avoir fait d'un studio moribond un empire
économique, commet l'irréparable : il crée, en effet, son antéchrist ! Alors
qu'il avait eu la bonne idée en prenant la Direction de la Walt Disney Company
de placer l'un de ses lieutenants, Jeffrey Katzenberg, transfuge lui aussi de la
Paramount, à la tête de la branche "Films" des studios de Mickey, il s'en sépare,
en effet, de la pire des façons. Oubliant qu'il lui doit tous les succès de son
label (Qui Veut la Peau de Roger Rabbit,
Pretty Woman, Le Cercle
des Poètes Disparus ou encore La Petite Sirène, La Belle et la Bête,
Aladdin et
Le Roi Lion...) jusqu'au partenariat
avec Pixar ou encore le rachat de Miramax, il refuse de le nommer à la place de
Frank Wells (décédé soudainement dans un accident d'hélicoptère en 1994) en
qualité de numéro deux de la compagnie. Furieux, Jeffrey Katzenberg démissionne
tout de go et attaque Disney en lui réclamant de conséquentes indemnités.
Extrêmement rancunier, il jure même la perte du studio de Mickey et décide, pour
cela, de s'associer avec David Geffen et Steven Spielberg pour créer un nouvelle
structure, Dreamworks, prenant lui-même la Direction du pôle animation.
La création de ce tout nouveau studio d'animation place Disney dans une position
inédite. Pour la première fois dans toute son histoire, il affronte, en effet,
un concurrent structuré.
Jusqu'alors, aucun "grand studio" n'était jamais rentré dans le processus, long
et onéreux, de la création de longs-métrages d'animation. Ils laissaient ainsi le
marché à Mickey et ses amis qui donnaient seuls l'impression d'avoir trouvé la
recette magique. Même Warner, pourtant grand rival historique des studios Disney
au niveau des cartoons, avait rendu les armes. Mais
Le Roi Lion change la donne :
véritable blockbuster, son immense succès attire, en effet, les convoitises.
Dreamworks mené par le revanchard Jeffrey Katzenberg n'est d'ailleurs pas le
seul sur les rangs. La Fox se lance, elle-aussi dans la bataille.
Concurrence aidant, le poste d'animateur confirmé prend de la valeur.
La loi de l'offre et la demande joue à plein. Et à ce jeu-là, Disney a tout à
perdre. Il tente donc d'enrayer la fuite de ses cerveaux et ouvre son chéquier.
Les salaires explosent, les bonus s'accumulent. Durant la seconde moitié des
années 90, de nombreux animateurs Disney voient leur niveau de vie grimper
subitement. Voiture, maison, et même avocat ou agent pour veiller sur leurs
pactoles ; les artistes Disney flambent, persuadés d'être chez Mickey pour la
vie, comme au temps des Neufs Vieux Messieurs.
Au jeu de la surenchère, les productions Disney voient leurs coûts de
production exploser. Au jeu de la sur-concurrence, elles ont, en outre, de plus
en plus de mal à sortir du lot et engranger des recettes dignes de ce nom. Les
scores astronomiques du
(Le) Roi Lion sont bien loin. Aucun
film de la seconde moitié des années 90 ne réalise de tels résultats. Si la
Direction de Disney aime à rappeler en public le caractère exceptionnel - donc
difficilement renouvelable - du succès de Simba et ses amis, en coulisse, elle
tonne de voir ses artistes si chèrement payés ne pas parvenir à remplir le
tiroir-caisse. Dès lors, la machine se grippe un peu plus : des économies sont
recherchées partout. Les financiers se mêlent désormais directement aux
décisions artistiques et dictent leur loi. La qualité s'en ressent comme jamais
dans l'histoire de Disney.
Les années 2000 creusent un peu plus la tombe de l'animation Disney. L'avènement de la 3D bouleverse, en effet, l'équilibre du secteur. Les films réalisés par ordinateur se multiplient et remportent toujours plus de succès ; au parfait contraire des longs-métrages 2D dont les plantages sont eux retentissants. Tous les nouveaux studios abandonnent ainsi, sans regret, l'animation traditionnelle. Et chacun de leurs longs-métrages 3D cartonnent au box-office, que cela soit Dreamworks avec Shrek ou la Fox avec L'Age de Glace, sans oublier Pixar qui a, en outre, la particularité de réunir succès, public, critique et financier. Les studios d'animation Disney passent, eux, dans le même temps du rang de premier hégémonique à piètre quatrième. Il n'en faut pas plus pour voir les financiers de la compagnie de Mickey sonner le glas de l'activité qui est, pourtant, à l'origine même de l'existence de l'entreprise. Le 25 mars 2002, Tom Schumacher, le responsable des studios d'animation Disney réunit ainsi toute son équipe. Sa double annonce est terrible : licenciement de 250 artistes et fermeture des studios d'animation 2D ; le but étant désormais de se recentrer sur une petite équipe dédiée uniquement à la 3D !
Dream on Silly Dreamer revient donc sur l'ensemble de cette période,
de la fin des années 80 jusqu'à ce fameux jour de 2002 en donnant la parole aux
nombreux artistes ayant vécu l'aventure de l'intérieur. Les interviewés les plus
connus sont ainsi Barry Cook, un des coréalisateurs de Mulan,
et Andreas Deja, l'animateur de grands personnages comme Gaston ou Hercule (la
participation de ce dernier à ce pamphlet anti-Disney est d'ailleurs fort
curieuse dans la mesure où il travaille toujours pour le studio).
Mais la plus grande surprise de ce documentaire est sans aucun doute d'y
apprendre que Disney avait déjà enterré l'animation 2D presque deux ans avant
que la sortie de la dernière production ne soit programmée. En effet, quelques
mois après cette annonce, sort Lilo & Stitch
qui deviendra - joli pied de nez - le plus gros succès
des années 2000 des Walt Disney Animation Studios avec, en
outre, un personnage devenu depuis un incontournable dans la galaxie Disney et
notamment dans ses parcs à thèmes. Avec le recul, il n'est désormais plus
possible de s'étonner des échecs des productions suivantes (La Planète au Trésor,
Frère des Ours et
La Ferme se Rebelle) tant les
dirigeants Disney ne croyaient manifestement déjà plus en leurs destinées. Pire,
ils s'accommodaient bien mieux de leurs piètres performances, histoire sans
doute de se convaincre un peu plus de la pertinence de leur stratégie de repli.
Parallèlement, les animateurs péchaient eux d'un manque de motivation,
évidemment excusable compte tenu de l'épée de Damoclès qui pendait au dessus de
leur tête ; leur seule erreur étant d'avoir pensé que le rêve (travailler chez
Disney) était éternel...
Le documentaire se termine sur une note extrêmement négative annonçant l'enterrement des studios d'animation 2D Disney. Sachant que le film est sorti en février 2005 qu'en est-il réellement à la rentrée 2009 ?
Le court-métrage occulte totalement la campagne engagée par Roy Disney pour déstabiliser la Direction Eisner. Il est, en effet, curieusement zappé, sans que jamais son nom ne soit cité alors même qu'il a soutenu la sortie du film dans le cadre de son action "Save Disney". Un mois après la première du documentaire, Michel Eisner subit ainsi un vote de défiance lors de l'Assemblée Générale des Actionnaires l'obligeant à précipiter son départ. Bob Iger, alors numéro 2, le remplace en qualité de PDG. Sa première action consiste à renouer avec Pixar en rachetant le petit studio à la lampe en 2006. Il place également John Lasseter à la tête de la division Animation de Disney-Pixar. Ce dernier remet en ordre de marche le process 2D en lançant d'abord en 2007 un programme de cartoons (Comment Brancher son Home Cinéma). Il annonce ensuite le grand retour de Disney au film d'animation de princesse 2D et musical ; La Princesse et la Grenouille sort ainsi à la fin 2009. Un deuxième long-métrage en 2D, basé lui sur l'univers de Winnie l'Ourson, est parallèlement prévu pour 2011.
L'animation 2D chez Disney est-elle pour autant sauvée ? Bien malin est celui
qui peut répondre à cette question ! Le résultat au box-office de La Princesse et la
Grenouille sera, à l'évidence, déterminant pour juger du retour en grâce ou
non de cet art. Et encore, quand bien même le succès public serait au
rendez-vous, sera-t-il pour autant pérenne ou prendra-t-il un caractère
épisodique, réduisant les films d'animation 2D à des one-shot évènementiels ?
Quoiqu'il en soit, l'âge d'or de l'animation 2D est bel et bien définitivement
terminé. Désormais, les budgets des long-métrages 2D sont étudiés à la loupe
pour les rendre les plus digestes possibles. John Lasseter, pour convaincre les
financiers, s'est ainsi évertué à démontrer que La Princesse et la
Grenouille serait moins cher à produire que n'importe quels autres films 3D
et que, dès lors, sa rentabilité était à portée de tiroir-caisse (là où un
Volt, Star Malgré Lui, s'est révélé
lui, et malgré son succès au box-office, un gouffre financier). Disney
sous-traite, dans cet objectif, certaines étapes du film en dehors de Burbank et bon
nombre de ses animateurs ne sont qu'engagés que sur le projet, sans visibilité
sur leur propre avenir.
La plus grosse chance pour l'animation Disney réside aujourd'hui dans le fait
d'avoir désormais à sa tête un vrai professionnel doublé d'un véritable artiste
qui, depuis Walt Disney lui-même, a tout compris de la spécificité du label
disneyen. John Lasseter ouvre à n'en pas douter la voie d'un quatrième âge d'or
de Disney ; et l'animation 2D, sans en être toutefois l'élément principal, sera
assurément de la partie...