Alice Comedies
Un peu d’histoire...
En 1923, Walt Disney, qui habite la ville de Kansas City, crée le petit studio d'animation Laugh-O-Gram Films, inc. Aidé de son ami Ub Iwerks, il réalise, ainsi, avec beaucoup de difficultés, notamment financières, six petits cartoons. Tous sont des adaptations modernes de contes de fée et constituent une série dénommée Laugh-O-Grams. Malheureusement, l'entreprise est conduite vers la banqueroute après qu'un distributeur n'honore pas ses paiements.
Toujours combatif, Walt Disney regroupe alors ses tout derniers deniers et réalise avec eux un petit film : Alice's Wonderland. Il puise l'idée dans une série de cartoons des frères Fleisher Out of the Inkwell, dans laquelle des personnages animés quittent le monde toonesque pour s'inviter dans la réalité. Le futur papa de Mickey inverse cependant le concept et projette lui un acteur (une actrice, en l'occurrence) chez les toons. Il embauche, ainsi, une petite fille de quatre ans, Virginia Davis, pour jouer Alice. Elle a pour mission de découvrir le pays virtuel, en animation 2D, de "Cartoonland". Le court-métrage produit tant bien que mal sert de pilote à la série envisagée. Walt Disney le fait parvenir à différents distributeurs afin de les convaincre de l'intérêt du premier opus d'une future collection, les Alice Comedies. Il débute d'ailleurs sa prospection avant même que le pilote soit entièrement achevé. Ainsi, il écrit à Margaret Winkler, une distributrice de New York, célèbre pour avoir fait connaître les séries animées Félix, le Chat de Pat Sullivan et Out of the Inkwell des frères Fleisher. Le succès du chat muet est, en effet, largement à mettre à son actif. Elle en a, il est vrai, décroché la distribution alors que la série était peu connue. C'est d'ailleurs une remarquable campagne de promotion et de publicité, initiée par elle, qui a fait entrer Félix le chat dans le cœur des américains et, par la même, lui a fait gagner ses galons dans le monde des professionnels du cinéma. A l'occasion de son démarchage, Walt Disney comprend que sa réussite ne peut se faire depuis Kansas City. Avec sa copie non achevée d'Alice's Wonderland et ses derniers dollars, il prend alors un allé simple pour Los Angeles.
Walt Disney s'installe
donc à Hollywood, en juillet 1923, convaincu qu'il devait se trouver là
où l'industrie du cinéma était florissante. Par la même, il se permet le
luxe de "snober" New York où, pourtant, tout le petit monde de l'animation
se trouve à l'époque. En fait, son choix pour la cité des anges s'explique
aussi pour différentes raisons pratiques. Tout d'abord, son frère Roy s'y
trouve hospitalisé pour une tuberculose. Il espère ainsi le convaincre
de le rejoindre dans l'aventure de l'animation et de créer un studio avec lui, une fois rétabli.
Il pense, en effet ,que son talent allié au sens des affaires de son frères
feront un malheur. Walt Disney peut également compter, à Los Angeles, sur la
présence de son oncle, Robert, qui lui apporte coups de main et assistance.
Dès son arrivée, le Maitre de l'animation en devenir tente de se faire engager en
tant qu'acteur ou réalisateur dans différents studios. Sans succès. L'expérience
tourne court. Il revient, alors, à ses
premiers amours qui sont, en fait, autant d'opportunités pour lui. Il termine
ainsi Alice's Wonderland en août 1923. Après de nombreux efforts pour
présenter son pilote à une multitude de producteurs, il arrive finalement à vendre son idée
des Alice Comedies à Margaret Winkler. La cession par Walt Disney
de sa série naissante à cette grande distributrice de New -York est due en
grande partie à la chance, une vraie
question de timing ! En effet, pile au moment où Walt Disney présente son
idée de série d'Alice Comedies, Margaret Winkler rencontre des problèmes
avec Pat Sullivan : la poursuite de la distribution de la série Félix, le Chat est, il est vrai, en suspens pour elle ! Elle se doit donc de
trouver une collection la remplaçant, au cas où... Walt Disney arrive ainsi
à point nommé. Coïncidence ou pas, le 16 octobre 1923, il signe son premier contrat. Cette date marque également le
début de l'entreprise, Disney Brothers Studios, connue aujourd'hui
sous le nom de Walt Disney Company. Au final, la distributrice s'est engagée
sur douze films dont six définitifs. Les restants sont, en effet, liés à la
qualité et la ponctualité de réception des court-métrages, dont le tout
premier se doit d'être livré pour le 15 décembre 1923.
Le lendemain de la signature
du contrat, Walt Disney se trouve dans la situation inverse de celle
rencontrée pour les Laugh-O-Grams.
Il a certes un distributeur mais pas de studio, pas d'animateur et pas de
film ! En effet,
Alice's Wonderland, est un court-métrage qui
appartient à la Laugh-O-Gram
Films, inc, en liquidation de paiement. C'est une chose que d'utiliser
une société fantôme pour vendre une idée à un distributeur, c'en est une autre
pour parvenir à
projeter, légalement en public, le résultat final. L'entreprise est alors
relancée avec 200$ apportés par son frère, 500 $ empruntés à son oncle Robert et 2500 $
à ses
parents, contraints, pour se faire, d'hypothéquer leur maison. Avec cet
argent et l'aide de Roy, il achète aussi une vielle caméra, loue un
local, situé à un petit pâté de maisons de son oncle, aménage un studio,
embauche des assistants. Unis désormais dans les affaires, Roy et Walt
s'évertuent à
"rendre le nom de Disney internationalement connu".
Une des premières exigences
de Margaret Winkler est la présence, dans la série, de la même jeune fille que celle
d'Alice's Wonderland. Walt
Disney joue alors gros. Fort heureusement, il parvient à convaincre la
famille de Virginia de quitter Kansa City pour la Californie. La collection
est sauvée !
Le tout premier opus des
Alice Comedies,
Alice's Day at Sea,
sort au cinéma le 1er mars 1924. Durant les six premiers épisodes, les
cartoons débutent par de longues séances en prises de vues réelles. Cette
accroche est définitivement abandonnée pour les suivants, au profit des aventures d'Alice elle-même au
pays des dessins animés.
En 1924, Walt Disney sait déjà qu'il ne sera jamais un grand animateur. Bien qu'il ait aimé cette activité durant les années passées à Kansas city, il comprend, en effet, rapidement, qu'il existe des personnes bien meilleures que lui. Son vrai talent reste celui de conteur d'histoires. Il se focalise ainsi sur les scénarii, la réalisation et la production. Le meilleur animateur reste pour lui, à l'époque, Ub Iwerks, mais ce dernier est demeuré à Kansas City après l'échec des Laugh-O-Grams. Walt Disney entreprend donc, avec lui, une correspondance et lui propose bien vite de le rejoindre en Californie. Avec insistance et persuasion, il parvient, en effet, à convaincre son ami à franchir le pas. Il s'installe ainsi à Los Angeles, en milieu d'année 1924. Cette arrivée permet à l'animation des Alice Comedies de s'en trouver grandement améliorée. Auparavant, à la fin de l'année 1923, Miss Wrinkler, la distributrice, convole, elle, en justes noces avec Charles Mintz. Il reprend peu à peu l'activité de son épouse et renouvelle sa confiance envers Walt Disney avec lequel il signe un nouveau contrat portant sur dix-huit films.
Roy et Walt Disney, associés en affaires, partagent également le même toit. Colocataires malgré eux, ils ont bien du mal à se supporter. Le problème trouve facilement sa solution quand Roy décide de se marier. Il a, en effet, rencontré sa fiancée, Edna Francis, à Kansas City. Elle s'installe à Los Angles en avril 1925 et, quelques jours après son arrivée, épouse Roy dans la maison de l'Oncle Robert. Walt Disney quitte alors l'appartement de son frère. Mais il n'est plus seul. Il fréquente, en effet, Lillian Bounds, une jeune secrétaire, travaillant dans son studio aussi bien dans l'administratif que pour la peinture et l'encrage. La nuit, il ramène ainsi la jeune femme à son domicile grâce au pick-up commun à lui et son frère. Ces nombreux trajets rapprochent les deux tourtereaux qui s'unissent finalement le 13 juillet 1925.
Au cours de la production
des Alice Comedies,
Virginia Davis est remplacée successivement par Margie Gay puis Lois Hardwick.
Dawn O'Day participe également une fois à la série pour
Alice's
Egg Plant. La réussite de la collection permet à Walt Disney
d'installer, en janvier 1926, son studio dans un nouvel immeuble, sur Hyperion Avenue, près
du Lac d'Argent de Los Angeles. En février 1926, il signe avec Charles Mintz un
nouveau contrat pour une troisième série de 26 courts-métrages.
La série comporte au total 56 cartoons muets de 1924 à 1927 auxquels doit
être rajouté le pilote. En 1927, Walt Disney comme son distributeur, se lassent du mélange des
"Live" réels aux toons. Ils
stoppent net les Alice Comedies et débutent une nouvelle série
entièrement en animation 2D cette fois-ci :
Oswald, le Lapin
Chanceux.