Disney Woke
Réalité Ou Fantasme ?
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L'article
Disney Central Plaza, le forum de Chronique Disney, est l'endroit idéal pour les fans qui souhaitent discuter de tous les sujets concernant l'univers Disney dans toute son envergure. Si le forum ne s'arrête jamais et reçoit nuit et jour de nouvelles contributions publiées par ses membres, chaque semaine, Chronique Disney, le site, met en valeur un sujet (appelé dans le jargon du forum, un topic) qui fait débat.
Cette semaine, c'est l'accusation de wokisme faite contre The Walt Disney Company qui est âprement débattue dans le contexte de montée, en Occident, du courant de pensée réactionnaire porté notamment par l'administration Trump...
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Barbe-Blonde montre les freins à un débat de qualité venu de l'absence de définition claire du mot « woke »...
À titre personnel, je ne vois que peu d'intérêt à ce genre de débat. Déjà parce que, comme nombreux d'entre vous l'ont déjà souligné, tout le monde a une définition du terme « woke ». Á partir de là, comment débattre sur un sujet alors que personne n'arrive à se mettre d'accord sur ce qu'est le sujet de base ?
L'autre raison, c'est que certaines personnes parlent de ça comme si Disney n'avait jamais traité des sujets d'injustices, ou d'inégalités par le passé. L'exemple de Pocahontas a déjà été cité, mais que dire de Mulan ? Difficile de faire plus féministe. Si leur film sortait aujourd'hui, ça ne parlerait que de wokisme et non de la qualité intrinsèque des films comme ce qui est le cas avec les films actuels (et on peut largement porter ce problème plus loin en citant les jeux vidéo). À un point où cela devient, à mon sens, plutôt risible.
Et enfin, à propos des commentaires de type « Disney ne pense pas vraiment à la portée de leur message ». Oui, c'est vrai. Je pense également que Disney, en tant qu'entreprise, s'en fout de défendre certaines causes sociales. On parle d'une multinationale cherchant à faire du profit avant tout. Cependant, est-ce réellement important ? Personnellement, je dirais que le plus important, c'est que les personnes travaillant derrière leur film pensent vraiment à la portée de leur message et y croient fermement. Bien sûr que Disney s'en fiche probablement, mais c'est oublié que derrière l'entreprise, il y a des personnes comme vous et moi qui travaillent et qui ont, comme tout le monde, des idées politiques à défendre. C'est leur idée qui m'intéresse, pas celle d'une entreprise évidemment capitaliste.
Thumper revient sur les dérives d'une démarche woke aux contours mal ficelés...
J'ai toujours eu du mal avec cette idée de « wokisme » parce que personnellement, j'aime les mots et les mots ont un sens. Or là, il n'y a pas de définition véritablement définitive et ancrée, car chacun y va de sa définition. Donc pour moi, ce mot n'a aucun sens. Ou alors je n'ai pas trouvé cette définition, écrite et construite de manière sérieuse par des chercheurs ou par des spécialistes de la question reconnus comme tels. Je ne veux pas de définition de la boulangère du coin quoi.
(…) J'ai peut-être tort dans ma vision des choses. C'est fort possible, auquel cas je m'en excuse. Je souhaite quand même remercier certaines personnes du forum pour m'avoir ouvert les yeux sur pas mal de points, car j'ai pu être virulent quant à l'annonce des castings de Halle Bailey et de Rachel Zegler, donc merci à eux.
Mais pour moi, on en est arrivé là parce que on aime bien mettre les gens dans des cases. Et aussi parce que l'on s'attarde beaucoup trop à la couleur de la peau, à l'orientation sexuelle, au genre. (…) Un personnage est un bon personnage quand il a de belles valeurs. Pas parce qu'il est blanc ou noir. Pour reprendre un exemple donné un peu plus haut, Ariel est un personnage qui fonctionne parce qu'elle est rêveuse, amoureuse, curieuse et déterminée, forte aussi et courageuse, et tout cela ce n'est pas sa couleur de peau qui le détermine. C'est sa construction, c'est tout. Qu'elle soit noire ou blanche, Ariel fonctionne parce que le personnage sous sa peau est un bon personnage. Le reste, c'est que de l'enveloppe.Ceci étant dit, ce qui me gène depuis des années avec Disney, c'est pas tant le fait qu'ils changent l'ethnicité des personnages (voir le point précédent), c'est plutôt le fait qu'ils le font à mon sens pour les mauvaises raisons, et ces raisons sont purement marketing et financières. Parce que c'est le propre d'une entreprise et qu'ils vont là où le vent (le fric en réalité) les mène. Peut-on leur en vouloir ? La question mérite d'être posée et je pense que les réponses peuvent être intéressantes.
(…) Ce qui me gène aussi, c'est cette mode de vouloir justifier l'échec d'un film en accusant le public d'être rétrograde ou avec de mauvais goûts. Auquel cas Les Tuche 5 serait un flop monumental (désolé j'étais obligé). Combien de fois ai-je lu ici et dans la presse que l'échec du film Avalonia, l'Étrange Voyage venait de Ethan, qu'il était trop gay, pas assez pâle, pas assez ci ou trop ça. Non. Avalonia aurait été un échec même avec un personnage blanc hétéro fin tant l'histoire et le scénario n'avaient ni queue ni tête et qu'en plus, même Disney ne croyait pas en ce film.
Pinocchio (2022) est un échec artistique non pas parce que la Fée Bleue est noire, mais pour tellement d'autres raisons et ça n'aurait strictement rien changé si Charlize Theron aurait remplacé Cynthia Erivo. Peter Pan & Wendy (2023) idem. Et Blanche Neige sera probablement un échec parce que le grand public commence à en avoir marre de voir des remake et que visuellement, si on se fit à ses bandes annonces, le film est une bouillie.Le seul film de Disney qui m'a réellement mis mal à l'aise, c'est clairement Les Éternels. Je me souviens avoir été très mal à l'aise parce que j'avais l'impression de voir un casting parfaitement aseptisé, comme si on ne voulait froisser personne et que tout le monde avait un personnage dans lequel on pouvait visuellement s'identifier. J'ai vraiment eu cette impression d'avoir en face de moi un film qui cochait absolument toutes les cases, et ça rejoint ce que je disais plus haut. Comme je déteste les cases, le fait de voir un film mettre autant d'énergie à le faire, quitte à délaisser complètement l'histoire, m'a mis mal à l'aise. Peut-être que je changerai d'avis lorsque je le regarderai pour la deuxième fois, mais clairement ça m'avait refroidi.
Pour résumer (parce que j'aime beaucoup écrire et que je sais que vous aimez aussi beaucoup lire hahaha), je crois que je préfère les romans au cinéma. Parce que les romans sont source d'imagination pure, que l'on peut se représenter des personnages comme on le souhaite, même avec des descriptions précises parce que justement, le pouvoir des mots permet de faire ses propres images. Le problème du cinéma est de figer forcément une représentation d'un personnage, peut-être faussée, peut-être dirigée vers un certain but.
Michael Scott estime que la supposée politique « woke » d'une entreprise comme Disney, dans ce qu'elle ne respecterait pas les origines des personnages, est irrespectueuse pour le public...
(…) C'est pour moi ce qui est sous-entendu par les pratiques d'entreprises comme Disney qui mettent des personnes dans certains rôles comme des « tokens » si tu veux. Et pour moi, c'est un manque de respect. Après dans l'absolu, si on va plus loin, on peut dire que certains trucs sont des trucs « de Blanc » à la base. C'est pas une insulte, c'est juste factuel. Une œuvre est ancrée dans son ère culturelle et ethnique, surtout quand elle vient d'une époque où il y avait une certaine homogénéité ethnique dans les pays justement. La Petite Sirène, Andersen… Ben, c'est un truc issu de la culture blanche européenne, donc il y a quand même quelque chose de blanc dedans. Si quelqu'un de blanc s'amuse à reprendre tout le répertoire de Ray Charles, je ne vais pas dire que c'est un truc de blanc en somme. La musique de Ray Charles, c'est le fruit de la culture afro-américaine, ça en est même un des exemples les plus vibrants (et formidable).
Náin démontre les limites de ce raisonnement...
« C'est pas une insulte, c'est juste factuel. » dis-tu ? Mouais. En quoi La Petite Sirène est-il un « truc de Blancs » ? Parce que c'est écrit par un Blanc ? C'est maigre. Les sirènes qui plus est appartenant à une mythologie et à des récits antiques où la société était loin d'être blanche, dans la simple diégèse de la fiction, il n'y a absolument aucun problème. D'autant moins que l'action même du dessin animé avait été déplacée.
Le problème que tu soulèves en fait serait pertinent dans le cas des Elfes. Car les Elfes, pour le coup, appartiennent à des récits issus de cultures beaucoup plus « blanches » éthiquement, comme les anciens scandinaves et les celtes. De là, il est toujours très difficile pour moi d'envisager des elfes à la peau noire. Mais n'oublions pas malgré tout qu'il s'agit là d'un ressenti. Il serait malhonnête de ma part, par exemple, de passer sous silence que pour Snorri Sturluson, l'historien grâce auquel on connait ce que l'on connaît de la mythologie germano-scandinave, les elfes noires, les svartálfar, avaient bel et bien la peau noire - ce en quoi Tolkien était en désaccord d'ailleurs, sans pour autant, précisons-le, que ça fasse de lui un raciste -. Alors, autant je me sens parfaitement solide quand j'explique que les elfes chez Tolkien ne peuvent pas être noirs, autant je le suis beaucoup moins quand il s'agit d'en faire une vérité pour tous les elfes quelque soit l’œuvre. De même pour les nains. Même s'il faut rester conscient que la littérature médiévale représentait souvent les personnages mauvais par un physique tout aussi mauvais (ce qui pouvait passer donc par une couleur noire) et qu'il serait alors malavisé de prendre l'exemple de certains nains décrits comme couverts de suie ou à la peau sombre comme autre chose qu'un aspect négatif du personnage, il ne faut pas non plus mettre de côté certains cas comme Lubdan, roi des Luchorpan dans le Voyage des Tuatha Luchra et la Mort de Fergus, et qui était décrit comme ayant, justement, la peau noire (même si c'était justement une exception pour son peuple) alors qu'il s'agit d'un personnage positif, qui offre des bottes magiques au héros de l'histoire.
Faisons un film sur les récits celtiques mettant en scène les leprechauns et leur roi à la couleur de peau noire, et t'auras tout de suite une levée de boucliers comme quoi « c'est factuel, ce sont des histoires de Blancs ».
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